Voyage
J’avais 15 ans lorsque l’idée de vivre une expérience à l’étranger a germé en moi. Avec deux amies du secondaire, je rêvais de passer mon été à voyager avec mon sac à dos. Je n’avais pas l’accord de ma mère (je la comprends mieux maintenant que j’ai des enfants!) Je me suis dit que ce n’était que partie remise. Lorsque j’ai terminé mon secondaire deux ans plus tard, je pensais que le moment était venu de voyager, mais on m’a dit que c’était préférable d’attendre une autre année pour éviter de retarder mon entrée au cégep dans le programme pour lequel j’avais été acceptée. J’avais envie d’ignorer ce conseil, mais j’avais encore moins envie de manquer l’opportunité de rentrer dans ce programme très contingenté que je voulais ardemment.
Il arrive un moment où on se demande si on doit abandonner notre rêve. Nous sommes tentés de nous satisfaire de notre petite vie; cette vie où les rêves n’ont pas de place. Mais il y avait quelque chose en moi beaucoup trop fort pour que je puisse le taire. Je me suis alors dit que je voyagerais après mes deux années de cégep. Encore une fois, mon rêve a été mis en attente alors qu’on m’a dit la même chose pour mon entrée à l’université. Le programme pour lequel je faisais ma demande retenait que très peu d’étudiants et j’avais eu le privilège d’être choisie. Je ne me voyais pas décliner cette offre. Je vivais tout de même de la frustration quant à ce désir de voyager qui ne se concrétisait pas. Pendant ma deuxième année d’université, l’attente devenait insupportable. Ce rêve inaccompli grugeait ma joie et ma patience.
Pendant mes études, je travaillais au service à la clientèle dans un centre d’appel. Un jour, une cliente s’est fâchée contre moi pour une bêtise. En temps normal, je serais parvenue à rétablir la situation, mais cette fois-ci, c’était la goutte qui faisait déborder le vase. Je me suis mise à pleurer de façon incontrôlable. J’ai dû passer l’appel à mon supérieur, qui m’a recommandé d’aller prendre une marche dehors. Je suis revenue une demie-heure plus tard, toujours en pleurant. Je suis repartie à la maison. J’ai pleuré du début à la fin du trajet d’autobus. Je suis rentrée à la maison, j’ai pris un carnet et un crayon et j’ai écrit toutes mes pensées.
L’année précédant cet événement, lorsque mon rêve était une fois de plus reporté, j’en voulais à la vie, j’en voulais à Dieu, d’avoir autant d’embûches. Je voulais faire à ma tête. Je n’étais pas prête à me questionner sur la façon de vivre mon rêve. J’avais eu une idée à 15 ans et j’avais cette même idée à 21 ans, c’est-à-dire voyager un été avec mon sac à dos. Mais ce jour-là, en écrivant dans mon carnet, j’ai pris une décision importante : lâcher prise et faire confiance à Dieu.
Ne vous méprenez-pas, je n’ai pas abandonné mon rêve. Ce rêve de vivre une expérience à l’étranger était ancré en moi. J’ai plutôt lâché prise quant à la façon dont je voulais qu’il s’accomplisse et quant au moment de sa réalisation. J’acceptais de changer mes plans. J’acceptais de prendre une autre route pour vivre mon rêve. J’acceptais même devoir attendre encore plusieurs années pour le voir s’accomplir. Et croyez-le ou non, dans les mois qui ont suivi, tous les plans se sont dessinés pour que je vive l’une des expériences les plus enrichissantes et formatrices de ma vie.
Ayant lâché prise, j’ai laissé place à ce qui devait arriver. J’étais ouverte et alerte. J’ai entendu quelqu’un parler de son départ imminent pour étudier à l’étranger et cette idée que je n’avais jamais considérée a fait du chemin en moi. Non seulement je pourrais vivre une expérience plus longue qu’un été, mais je ne ralentirais pas mes études pour autant. Ce n’était pas mon plan initial, mais j’avais la certitude que c’était le plan pour moi. J’avais toujours pensé voyager en Europe ou en Amérique du Sud, mais lorsque j’ai commencé mes recherches, tout pointait pour que je reste au Canada, plus précisément à Vancouver en Colombie-Britannique.