Chrysalide
Mon ti-loup,
Tu étais bien au chaud, dans mon ventre. Je te sentais bouger vigoureusement. Ton papa, ta sœur et moi t’attendions avec impatience. Nous avions si hâte de te rencontrer! Tu t’es fait attendre en dépassant d’une semaine la date prévue, mais une fois prêt, tu n’as pas tardé. Tu es entré dans ce monde en recevant tout l’amour que tu méritais. Notre vie à quatre pouvait enfin commencer...
Je ne pouvais me douter des défis que nous allions rencontrer. Tu n’avais que quelques semaines et le reflux te faisait déjà beaucoup souffrir. Tu pleurais souvent... et je pleurais avec toi. L’inquiétude et la fatigue se sont installées au fil du temps alors que la médication ne te soulageait pas. Papa et moi se sentions si impuissants et dépourvus de ressources pour t’aider. On aurait tellement souhaité un départ dans la vie plus en douceur pour toi mon ti-loup.
Les mois ont passé, mais la douleur demeurait. Avec le temps, j’ai su que le reflux n’était pas le seul coupable. Je soupçonnais que la nourriture soit en partie responsable, mais le personnel médical ne le croyait pas... pas à ce moment-là. Il aura fallu 12 mois pour voir la pointe de l’iceberg. Tu venais d’avoir un an lorsque tu as eu ta première réaction allergique. En quelques minutes, l’urticaire a fait irruption sur ton visage, ton cou et tes mains. Nous étions paniqués. On craignait que tu arrêtes de respirer. Heureusement, la réaction n’a pas atteint ton système respiratoire. C’était ma première expérience dans le vaste et nébuleux monde des allergies. Trois semaines plus tard, tu as fait une deuxième réaction allergique à un aliment différent. Papa et moi étions constamment sur notre garde, de peur que tu ne réagisses à autre chose et que les réactions s’aggravent.
J’avais peur de te nourrir. Incroyable, non?! La nourriture, qui est pourtant essentielle à notre survie, devenait une source potentielle de danger. Et même de mort.
Alors qu’on apprenait à naviguer la mer tumultueuse des allergies alimentaires, je continuais de chercher la cause de tes inconforts, de tes réveils multiples, de ta douleur, de tes problèmes digestifs. Avec beaucoup de persévérance et de recherche, je commençais à voir l’iceberg lui-même. Le soupçon que j’avais eu lorsque tu étais tout petit devenait de plus en plus réalité : la nourriture te rendait malade. Tu avais 15 mois lorsque nous avons eu le diagnostic de syndrome d’entérocolite induit par les protéines alimentaires, ce fameux syndrome peu connu qui est à l’origine de bien des maux.
Maman ne comptait plus les heures passées à lire sur le sujet pour être en mesure de t’aider du mieux que je pouvais. Se sont enchaînés les rendez-vous multiples avec des spécialistes tels allergologue, gastroentérologue, nutritionniste et ergothérapeute. En utilisant la méthode essai-erreur, nous avons cerné les nombreux aliments qui te causaient tant de trouble. La liste d’aliments suspects s’allongeait au point qu’il était plus rapide de nommer les aliments que tu pouvais manger plutôt que ceux que nous devions retirer de ton alimentation. Nous avons appris à se réjouir des quelques aliments que tu pouvais consommer et à célébrer chaque nouvel aliment introduit.
Malgré les rendez-vous, les hospitalisations, les tests, les inconforts et douleurs, toi, mon ti-loup, tu arrivais à sourire. Moi j’ai mis du temps à retrouver une sérénité à travers les questions sans réponse, l’inquiétude, l’état d’alerte constant, l’inconnu et les nuits mouvementées. J’y suis parvenu, trois ans plus tard, après un long chemin parcouru avec toi, papa et ta grande sœur.
Il m’est arrivé souvent de me demander pourquoi nous vivions cette épreuve qui te (nous) faisait souffrir. Te rappelles-tu la grosse chenille bleue et verte que ta sœur et toi avez vue l’été dernier? Vous étiez impressionnés et excités de me la montrer! Le lendemain, vous étiez déçus de constater qu’elle avait déjà fait son cocon puisque vous ne pouviez plus la voir et vous deviez patienter qu’elle devienne un joli papillon. Lorsque je repense aux trois dernières années, il n’y a pas plus belle analogie que celle du papillon : « Ce que la chenille appelle la fin du monde, le sage l’appelle un papillon. » (source inconnue)
La chenille et le papillon sont bien différents, mais sont pourtant le même insecte. Le papillon est issu d’une transformation qui a lieu dans la chrysalide. De la même façon que la chrysalide n’est pas identique d’un papillon à l’autre, ce qui façonne l’être humain est différent d’une personne à l’autre. Une chose est certaine, c’est que nos défis ne définissent pas qui nous sommes, mais influencent qui nous devenons. Sache que tes allergies multiples ne te définissent pas. Quoique tu aies eu un parcours mouvementé à un si jeune âge, tu as su développer une résilience surprenante. Tu es un petit garçon plein de vitalité, observateur, courageux, attachant et toujours prêt à me laisser te bécoter!
Ti-loup, tu n’as rien à envier à personne. Tu es unique et c’est un réel privilège d’être témoin de ton émergence tel un papillon qui sort de son cocon. Je suis impatiente de voir les couleurs de tes ailes, mais sache que peu importe leurs couleurs, je serai émerveillée de te voir voler!
Je t’aime profondément mon ti-loup,
Maman