Compas

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Il est sept heures du matin. Nous sommes déjà plusieurs personnes en file d’attente pour entrer à la clinique du quartier. Deux hommes discutent juste à côté de moi. Je prends part à leur conversation de temps à autre. L’homme dans la mi-trentaine, le plus jeune des deux, nous dit qu’il a deux emplois et qu’il travaille 15 heures par jour puisque « c’est cher la vie ». J’éprouve une certaine compassion pour lui. Quelques minutes plus tard, il nous mentionne que sa maison est payée. Ma compassion se transforme alors en interrogation vu le paradoxe de la situation. Il élabore ensuite les raisons pour lesquelles il est mécontent de son travail, tout en étalant sa frustration envers les patrons pour qui « tout ce qui compte, c’est leur bonus. » À ce point, ma compassion faiblit. 

Je l’écoute exprimer sa frustration pendant plusieurs minutes. Je prends ensuite la parole pour exprimer à voix haute ce que je pense tout bas. Je lui dis, spontanément : « Pourquoi ne changes-tu pas de travail alors? » J’en conviens, mon commentaire était audacieux. Un peu surpris de ma question, il me dit : « Et bien, c’est payant! Le salaire est bon et je vais bientôt être rendu à cinq semaines de vacances. » Je poursuis alors en disant : « Donc dans la balance, c’est un bon travail, il y a plus d’avantages que d’inconvénients! » Il a souri.

Cette conversation a suscité en moi une réflexion. Je me suis demandé quel était son objectif en exprimant tout cela. Était-ce seulement une habitude irréfléchie de mettre l’emphase sur ce qui l’irrite plutôt que ce qui lui plaît? Recherchait-il de la compassion? De la valorisation? Une solution? Je me suis ensuite posé la question pour moi-même et les gens en général. Lorsque nous choisissons de nous plaindre (parce que oui, c’est un choix), quels sont nos motifs pour le faire? En comprenant pourquoi nous le faisons, il est plus facile de trouver une façon plus constructive de répondre à notre besoin.

Je considère nécessaire d’apporter une précision. Je ne parle pas ici d’exprimer une difficulté ou une souffrance que nous vivons à un moment donné. Dans ce cas, nous choisissons les gens à qui nous en parlons pour bénéficier d’une écoute bienveillante et nous alignons éventuellement notre conversation vers la recherche de solutions. Je fais plutôt référence à l’action répétitive de se plaindre de toute sorte de choses en cherchant un coupable plutôt que d’agir pour trouver une solution. 

Dans la majorité des situations, nous avons un choix à faire; celui de se plaindre, d’apprécier, d’accepter le statu quo ou d’amener un changement. Quatre avenues, tels les quatre axes d’un compas. Selon le choix que nous faisons et la direction que nous prenons, la destination sera bien différente. Dans quelle direction pointe votre vie? 

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